RL2020 / Les Graciées – Kiran Millwood Hargrave

Les Graciées a été une belle découverte, un peu de fraîcheur parmi ces températures encore estivales. On part en direction de Vardø, petit village en Norvège avec un climat arctique. En plus de découvrir un mode de vie bien différent de l’Europe continentale, on suit le quotidien de deux jeunes femmes auxquelles on s’attache dès les premières pages. C’est un roman que l’on dévore et d’une grande fluidité !

On va s’immiscer dans ce petit village près de la mer qui résiste grâce à la pêche. Au fil des saisons, les habitants profitent du soleil qui se fait rare pour organiser les provisions de l’hiver rude qui approche. Ils font avec les moyens rudimentaires disponibles pour survivre au froid qui pénètre à travers les peaux de bêtes. L’entraide et la foi sont deux remèdes contre ce climat difficile. On verra que ce sera aussi ce qui les amène à leur chute…

Tout d’abord il y Maren qui rêve d’une baleine sans comprendre ce que cela signifie. Elle va connaître un drame, une tempête qui va ôter la vie à 40 hommes. La force de travail est anéantie, plus personne pour aller pêcher et nourrir femmes et enfants. Heureusement, solidaires et fortes, les femmes s’organisent ! Malgré le chagrin, il faut rebondir et reprendre sa vie en main. Maren, jeune femme qui devait se marier et avoir sa propre maison, voit son avenir se briser. Elle doit désormais s’occuper de sa mère, sa belle-soeur et son neveu.

Ursa quant à elle va être déracinée. Prenant soin de sa soeur malade chaque jour, elle ne s’imaginait pas la quitter pour aller se marier avec un homme qu’elle ne connaît pas. Absalom Cornet est un homme froid qui vient d’Ecosse. Il va être envoyé à Vardø accompagné d’Ursa pour y faire régner l’ordre et la foi. On va voir la jeune femme grandir, évoluer dans un environnement qui est loin d’être sain.

C’est un roman profondément moderne malgré l’époque. Ils interrogent de nombreux sujets passionnants, c’est à la fois féministe et inspiré de faits réels. Le statut de la femme est montré sous son rôle d’épouse, de mère. Cela permet d’évoquer le consentement non respecté dans le couple ou encore la pression de la maternité une fois le mariage établit. L’indépendance et la liberté de la femme sont également des points importants. Elles se retrouvent sans hommes et doivent repenser leur société jusqu’au moment où le délégué reprend les choses en main. La liberté de penser et la foi sont importantes. Peut-on imposer une croyance à un individu ? L’obliger à des pratiques avec lesquelles il n’est pas en accord …

Ursa au fil des pages devient une femme à part entière, elle n’est plus seulement la fille de son père ou l’épouse d’Absalom Cornet. C’est une entité même si elle reste encore prisonnière de la société et d’un ordre établi selon des codes sociaux. On peut dire qu’au moins elle aura goûté aux plaisirs de l’amour oubliant ce qui l’entoure… Maren semble un peu désemparée par la tragédie et par la nouvelle vague qu’elle sent arriver. Elle semble lucide sur ce petit village prêt à exploser, le changement approche. Ses amies aspirent à être libres et casser les codes genrés. Pourquoi une femme ne pourrait-elle pas poter de pantalon ou aller pêcher ? Elle aimerait crier son chagrin, contre sa mère qui dénonce des actes soi-disant de sorcellerie. Ce qui est différent dérange alors que certaines pratiques « chamaniques » étaient bien ancrées jusqu’à présent dans le quotidien des habitants. L’usage de runes, de statuettes, de bruyère séchée ne sont plus tolérés. La sorcellerie est la voix du diable, il faut la dénoncer. La chasse à la sorcière a commencé…

Au moment de monter sur le bateau, Maren fait ce qu’elle évite de faire depuis des mois : regarder directement la mer, cette mer qui lèche par petites touches insouciantes la coque du bateau de Mads. Ces vagues, corrige Maren. La mer n’a pas de doigts ni de mains, ni de bouche prête à s’ouvrir et à l’avaler. La mer ne l’observe pas : elle n’a pas la moindre opinion sur Maren.

Les Graciées est un coup de coeur dans cette rentrée qui offre une voix aux femmes ! Ce roman est prenant, je vous le conseille de tout coeur. Vous apprendrez à vivre à travers Maren & Ursa chacune différente mais s’unissant avec grâce !

Vous l’avez-lu ?

Anaïs

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