Les femmes & la littérature à l’époque médiévale

Aujourd’hui, je vous propose de vous plonger dans une période bien souvent méconnue, le Moyen Âge (XII-XV). On va plus particulièrement s’intéresser au statut des femmes quant à la littérature. Pour cela, je vais m’appuyer sur l’excellent ouvrage paru chez Folio sous la direction de Martine Reid : Femmes et littérature, une histoire culturelle (tome 1). Cette époque est traitée par Jacqueline Cerquiglini-Toulet. C’est pour moi l’occasion de me rappeler de mes cours de Lettres notamment en licence avec l’Ancien français. Cela ravive les souvenirs que j’ai pu en garder et les textes que j’ai pu étudier, décortiquer. J’espère pouvoir vous partager un condensé pour chaque période historique où nous pourrons voir ensemble l’évolution de la place de la femme dans la société et dans la littérature au fil du temps tout en remettant en lumière des noms oubliés ou méconnus du grand public. Pour poursuivre ce chapitre ouvert, je vous proposerai quelques romans qui mettent à l’honneur ces femmes qui ont beaucoup à nous apprendre.

À l’époque médiévale, les croyances et les superstitions ont une grande place. Qui n’a pas déjà entendu cette notion des fluides ? La femme serait humide, aurait des humeurs changeantes. Dépendante de l’homme, elle ne peut qu’être le sexe faible. Ce n’est pas un sujet pensant. Durant toute sa vie, elle est placée sous tutelle. La faute d’Ève qui la première n’a pas su résister au serpent. Lourd est le fardeau pour les femmes qui reçoivent ce péché en héritage. Comme c’est encore trop le cas aujourd’hui, le genre induit l’identité et une place dans la société. La femme trouve sa place à l’intérieur d’un foyer en tant que fille, épouse ou mère. Coudre est apparemment inné, naturel pour les femmes. C’est pourquoi, elle ne peut prétendre à l’étude, le savoir pourrait l’élever à une place qui n’est pas la sienne. L’homme quant à lui jouit en toute suprématie de la « nourriture », soit d’une éducation. Une femme savante ne peut qu’être une sorcière, elle incarne le diable.

Certaines figures féminines dominent cette période historique et poussent au changement culturel. Qui ne connaît pas Aliénor d’Aquitaine ? Fille de Marie de Champagne & de Guillaume X, elle règne sur le monde des Lettres. Elle demande beaucoup de traductions de textes sacrés, favorise la promotion des langues vernaculaires qui viennent en opposition au latin, langue sacrée de la noblesse et du clergé. Mon but n’est pas de vous retracer toute sa vie, cependant je vous invite à lire les romans de Clara Dupont-Monod qui a choisi de mettre en avant cette femme au destin exceptionnel. Le roi disait que j’étais diable & La révolte sont très réussis. On peut également penser à Jeanne d’Arc qui tend à être un homme en prenant le statut de guerrière. Elle sera condamnée au bûcher pour hérésie.

Les femmes qui souhaitent écrire peuvent être religieuse, jouir d’un statut particulier comme les Béguines ou encore s’emparer de ce pouvoir. Nous allons voir tout cela.

  • Seules les religieuses avaient le droit d’apprendre à lire et à écrire car cela s’inscrit dans un but moral et religieux. Hildegarde de Bingen (1098-1179) est l’une d’elle, celle qui reste certainement la plus connue aujourd’hui pour ses savoirs médicinaux. Elle vient en opposition à la femme mariée, leurs tâches sont bien différentes. On retiendra son don visionnaire et la place qu’elle fait à Dieu dans ses écrits.

  • Fin du XIIème, les Béguines ont un statut particulier, elles ne sont ni religieuses ni laïques mais ont su trouver leur indépendance dans un lieu clos. Elles entraient au béguinage bien souvent parce qu’elles ne voulaient pas se marier ou étaient devenues veuves. En s’offrant à cette vie, elles accèdent à une autonomie matérielle et intellectuelle. Elles sont souvent controversées et dérangent l’ Église parce qu’elles prennent le partie d’interpréter le texte sacré, d’enseigner en langue vernaculaire alors que tout se faisait en latin par les clercs. Leur pensée est hors du contrôle de l’Eglise. Certaines seront brûlées avec leurs écrits par les Inquisiteurs. Je vous conseille La nuit des Béguines d’Aline Kiner, un roman que j’ai beaucoup apprécié et qui m’a permis d’en savoir davantage sur ces femmes.

  • Au départ dans le monde littéraire, les femmes ne font que « commander » une oeuvre qui ne peut avoir qu’un but religieux ou politique. Elles s’inscrivent par ce statut ou lorsqu’un livre leur est dédicacé. Elles sont alors une source d’inspiration souvent liée à l’amour. Les femmes qui choisissent d’écrire s’inscrivent quant à elles dans un véritable combat, celui de se faire une place et d’être reconnues dans le milieu intellectuel composé majoritairement par les hommes comme tout ce qui touche au pouvoir. Elles s’éloignent de l’image passive qu’on peut leur donner. Au contraire, elles doivent faire entendre leur voix tout en passant de l’oralité à l’écrit. Combien de textes n’ont pas été retranscrits car ils venaient du féminin. Pour les hommes, elles n’exercent pas un métier, elles avaient besoin d’eux comme intermédiaire pour écrire. En devenant créatives, elles s’éloignent d’un statut qu’on leur impose. Elles existent par elle-même, disqualifient les préjugés qui règnaient jusqu’à présent. On voit alors émerger la femme en tant qu’autrice.

On va davantage s’attarder sur deux figures féminines marquantes : Marie de France (XII) & Christine de Pizan (XIV).

  • Marie de France est connue pour ses lais que j’ai eu le bonheur de traduire. Ils ne m’ont cependant pas marqué. Je m’en rappelle comme des petits contes parfois mêlés de merveilleux. Ils permettaient de rendre compte d’une époque et de ses problématiques. Son intention est d’inscrire par écrit des récits bretons qu’elle a entendu pour les préserver. Ils sont transcrits en langue vernaculaire, elle met en avant les relations entre l’homme et la femme que cela soit durant leur union, l’adultère ou simplement dire la liberté d’aimer. Marie de France met en perspective un amour plus libre qui ne se définit pas toujours par le poids du mariage.

  • Au fil des pages j’ai pu découvrir une autrice dont le nom ne me disait rien malgré le poids de ses actions, j’ai nommé Christine de Pizan. Au XIVème, elle a su marquer les esprits en s’octroyant le statut de clergesse. Cela signifie qu’elle écrit professionnellement et non pas par oisiveté. Elle veut se faire une place dans le milieu intellectuel, se faire respecter pour ses mots : c’est l’avènement d’un « je » triomphant. Contrairement à Marie de France, elle célèbre l’amour conjugal. Son mari est mort alors qu’elle n’a que vingt-cinq ans. Elle devient « sellette » comme elle aime le dire et doit subvenir aux besoins de sa famille. Elle n’est ni noble ni religieuse mais décide tout de même de se consacrer à l’étude. L’inégalité ne vient pas de la naissance pour elle mais de l’éducation. En s’élevant intellectuellement, elle ne reste pas cloisonnée dans le statut que lui impose son sexe. Dans ses textes, elle veut mettre en avant des figures féminines fortes et qui font preuve d’autorité. C’est avec audace qu’elle questionne la position des hommes et de ce qui relève selon eux de l’inné et de l’acquis. L’écriture a une réelle fonction, c’est un combat et elle en fait un métier. Elle maîtrise la diffusion de ses textes en toute conscience et se dégage de toute tutelle masculine. Elle défend la condition de la femme et l’élève. Elle sera l’une des premières figures intellectuelles de l’époque médiévale.

Écrire devient un combat pour l’indépendance, la liberté. C’est un espace pour dire ce que signifie être une femme, partager sa propre expérience. Les genres littéraires sont cloisonnés selon le sexe, le divertissement avec les romans ne sont pas destinés aux femmes. Il faut inculquer à tous qu’écrire n’est pas q’un passe-temps que l’on soit un homme ou une femme. La femme a du mal à se faire une place en dehors du rôle que lui assigne la société sans son consentement. Son individualité est inexistante, c’est à elle de la faire valoir. De nombreuses femmes se sont inscrites dans la littérature et dans l’Histoire dans une veine religieuse, politique, et sûrement plus fictionnelle par la suite. On découvrira cela dans le prochain épisode sur la Renaissance…

J’espère rendre hommage à ces femmes qui ont su bousculer l’histoire et offrir à la littérature et aux autrices la place que l’on peut avoir aujourd’hui. La place des femmes dans la littérature est un sujet passionnant et prolixe, je ne vous ai retranscrit que les points qui m’ont semblé essentiels. Ils pourraient tous être approfondis. Si vous souhaitez lire des extraits des auteurs et autrices qui ont marqué cette période dans tous les genres, je vous conseille le recueil chez Garnier-Flammarion La littérature française du Moyen Âge (en deux tomes).

Ce premier chapitre sur les femmes et la littérature est très bien documenté et d’une telle richesse. Cela représente un travail minutieux, considérable qui met en lumière de nombreuses oeuvres citées avec soin. Il me tarde de lire la suite.

En espérant que ce premier épisode vous a plu,

Prenez soin de vous,

Anaïs

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