Rendez-vous avec Philippe Rinaudo

Quatrième rendez-vous sur le blog, on part à la découverte d’un auteur à l’avenir prometteur grâce à un entretien pour mieux le connaître et en savoir un peu plus sur son écriture, l’univers qu’il a construit. Aujourd’hui c’est au tour de Philippe Rinaudo que j’ai découvert avec sa première parution, Confidences pour confidences.

Philippe Rinaudo est comédien et écrivain, il vit actuellement à Paris mais est originaire du sud-ouest. Il est l’auteur de deux recueils de nouvelles que j’ai beaucoup aimé : 

Je suis heureuse d’avoir reçu le premier recueil par Philippe Rinaudo. Ainsi j’ai pu découvrir sa plume, son univers mais surtout prendre plaisir à lire des nouvelles. C’est un genre qui est peu représentatif dans les sorties littéraires et c’est bien dommage ! Je vous encourage vivement à jeter un coup d’œil à ses textes, voire même à sauter le pas, vous ne le regretterez pas ! 

1 – Comment est venue l’idée d’écrire des nouvelles et non pas des textes plus longs ?

Peut-être parce que je suis quelqu’un d’impatient, je ne sais pas… (rires). Ce genre s’est naturellement imposé à moi, sans que j’aie à y réfléchir. Aujourd’hui encore, même après la publication de deux recueils, l’écriture d’un roman me paraît insurmontable, ce qui ne veut pas dire que je ne m’y essaierai pas un jour. J’ai d’ailleurs beaucoup d’admiration pour les auteurs de romans. Je me demande comment on peut être capable de construire une histoire qui se tienne en tant de pages ! J’aurais peur de m’égarer.

2 – Chaque recueil est thématique et contient une originalité qui lui est propre, est-ce que les sujets viennent naturellement ou un travail de recherche est nécessaire ?

Non, il n’y a pas vraiment de travail de recherche. Les sujets me viennent naturellement, la plupart du temps à partir de mon vécu, de mes propres expériences. Il me suffit parfois d’écouter, de regarder, de saisir l’instant. Une phrase, une situation, une anecdote tout peut s’avérer être un excellent point de départ pour une histoire. Il y a aussi le cinéma et les comédies musicales, qui sont très présents chez moi. Quand les deux ne sont pas liés.

3 – Est-il facile d’allier l’écriture avec le quotidien de comédien ?

Il y a de longues périodes d’attente dans ce métier. Ce qui est souvent synonyme de cogitation. L’écriture est pour moi un excellent moyen de combler cette attente, et elle me permet aussi de ne pas trop cogiter entre deux appels ou contrats. Et puis je peux ainsi rester dans la création, continuer à exister à travers mes personnages. Quelque part, c’est assez complémentaire.

4 – Que faire face à la page blanche ?

Ne surtout pas s’entêter et passer à autre chose, sinon je sais que rien de bon ne sortira de mon imagination. Aller trouver l’inspiration ailleurs, attendre le moment propice et le déclic qui permettront au curseur de ne pas clignoter sur l’écran, mais au contraire d’avancer à plus ou moins vive allure.

5 – Avez-vous une routine d’écriture ?

Non. Je ne suis pas quelqu’un de très organisé dans la vie et ai beaucoup de mal à m’astreindre à quoi que ce soit, à moins d’y être obligé par la force des choses. C’est comme ça, je n’y peux rien et il faut finir par s’accepter, même si ça prend du temps avant d’y arriver. C’est avant tout lorsque l’inspiration arrive, que je décide de m’y mettre, et on ne peut pas prévoir à quel moment elle sera au rendez-vous. Un de mes endroits préférés malgré tout, reste le train. C’est pour moi un sas de décompression idéal, propice à la concentration, où je peux plus aisément me couper du monde et de ses sollicitations. Mais bon, j’écris aussi ailleurs, je vous rassure, car je ne peux hélas pas passer ma vie dans les trains ! Quoique… (rires)

6 – Quels sont les auteurs ou les artistes qui vous inspirent ?

Ils sont nombreux ! J’aime beaucoup entre autres, l’écriture délicate de Stefan Zweig et dans un genre plus récent, celle de Philippe Besson. J’aime leur façon de nous embarquer avec eux dans ce tourbillon complexe des sentiments. Ce que fait aussi très bien Woody Allen, dont la magie de Midnight in Paris a dû inspirer inconsciemment Un penthouse au paradis, dans mon premier recueilPour ce qui est du second, j’ai prêté les traits de Faye Dunaway dans Little Big Man à la veuve de Mortimer, et je verrais bien Elie Seimoun interpréter sur scène le personnage de mon directeur de maison de retraite dans Jess. J’ai d’ailleurs pensé à lui en l’écrivant ! Voilà, l’appel est lancé. La liste n’est pas exhaustive… (rires)

7 – Quels conseils donner pour rendre visible ses écrits ?

Je crois que c’est une des choses les plus difficiles. En particulier dans un milieu saturé, avec des sorties de plus en plus nombreuses et rapprochées, sans parler de la rentrée littéraire. Il n’est vraiment pas évident de tirer son épingle du jeu. Et c’est encore plus difficile lorsqu’il s’agit de nouvelles, un genre hélas peu couru dans notre pays contrairement aux pays anglo-saxons ! Ce qui est dommage et paradoxal, dans une société où tout va de plus en plus vite, où les gens sont de plus en plus pressés. On pourrait penser que les formats courts ont davantage de succès aujourd’hui qu’il y a quelques années, mais nombre de lecteurs restent encore difficiles à séduire. Alors un grand merci à vous, Anaïs, de m’accorder cet entretien et de me permettre de pousser des portes encore trop souvent entrebâillées…

8 – Un projet d’écriture est en cours, il s’agira d’un témoignage qui fait appel à l’intime, est-ce que c’est un travail plus difficile que la fiction ? Dans quel but écrire, pour se libérer ?

Merci de me le rappeler ! Je l’ai encore mis entre parenthèses, ces derniers temps. Une parenthèse que j’ouvre de temps en temps et que je referme presque aussitôt, parce que, peut-être, est-elle encore trop douloureuse à ouvrir. Il s’agit d’un témoignage que je souhaite laisser sur mon frère trisomique, qui nous a quittés en 2012 déjà. Mais il va falloir que je m’y mette sérieusement, car c’est un projet qui me tient à cœur depuis longtemps, sur lequel je suis maintes fois revenu et que j’ai maintes fois remis à plus tard, un projet qui fait appel à des choses beaucoup plus personnelles, donc plus difficile à mettre en pages que la fiction, même s’il y a un peu de moi dans chacun de mes personnages. Mais bon, comme vous le dites, ça reste de la fiction. Et puis, j’avais besoin de prendre de la distance, d’être un peu plus détaché et de ne surtout pas écrire dans la douleur, car je n’ai jamais pu écrire quoi que ce soit dans la douleur. J’ai besoin d’être apaisé pour y arriver. Ensuite, dans quel but écrire ? L’écriture est pour moi un moyen extraordinaire de partager mes émotions, de faire rêver, de passer un message, de susciter la curiosité, et oui très certainement, de se libérer.

9 – Quels conseils donner à une personne qui se lance dans l’écriture ?

De suivre son instinct et d’être patiente dans sa quête d’éditeur. De repérer et éviter les pièges. De ne surtout pas se tourner vers les pseudo-éditeurs qui demandent des sommes astronomiques pour pouvoir intégrer leur collection, tout en vous proposant généreusement un règlement échelonné, comme certains me l’ont proposé. Un éditeur qui croit en vous, ne demande rien pour vous éditer, il intègre votre ouvrage dans sa collection sans contrepartie. Il vaut mieux dans ce cas, se tourner vers l’auto-édition et rester seul maître à bord. Enfin, je lui conseillerai de rester fidèle à son style, son univers, d’être patiente et de croire en ses rêves. Il s’agit avant tout d’une rencontre, et certaines rencontres mettent du temps avant de se faire… Il faut juste attendre le bon moment et ne jamais renoncer.

10 – Un troisième recueil en cours ?

Non, pas dans l’immédiat… On évoquait un peu plus haut, la question épineuse de la visibilité. Aujourd’hui, les codes de l’édition sont en perpétuelle évolution, et je crois qu’il ne faut pas rester ancré dans un modèle unique qui est celui de l’édition traditionnelle. Je me suis tourné depuis peu vers d’autres plateformes, comme celle de Short Édition, qui diffuse de la littérature courte à un public élargi, via un support à la fois papier et digital. J’y ai d’ailleurs une nouvelle en compétition pour le Grand Prix du Court Été 2019, intitulée Tahar, que je vous invite à découvrir,ainsi que des poèmes, dont un me tient plus particulièrement à cœur : On n’aura donc jamais la paix ? qui m’a été inspiré par ces citadins qui fuient les bruits de la ville et qui ne supportent pas plus ceux de la campagne ! Un problème apparemment insoluble… (rires) Et puis il y a aussi les concours, les revues littéraires. Autant de moyens de gagner de nouveaux lecteurs et d’espérer voir l’horizon se dégager…

Un grand merci à Philippe Rinaudo pour avoir pris le temps de répondre aux questions. Si vous voulez vous procurer ces ouvrages, rendez-vous sur le site de Prem’edit ou chez vos libraires préférés sur commande. En espérant que cet échange vous aura donné envie d’en savoir plus sur l’auteur et ses écrits. 

Belle lecture,

Anaïs

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