Semer des graminées – Nathalie Longevial

Semer des graminées est le troisième livre de Nathalie Longevial, ce n’est pas un roman mais un témoignage. Elle dresse le portrait de son père, appelle les souvenirs, ceux qui l’ont vu grandir, ceux qui lui rappellent cet être cher. Ce récit sort le 12 juin mais il est déjà disponible en version numérique.

C’est un journal de sentiments qu’elle adresse à son père, elle le convoque pour revivre avec lui ses derniers instants avant qu’il ne soit plus de ce monde. L’auteure nous entraine avec elle, on apprend à connaître celui qui a une place importante dans sa vie, celui qui va lui enlever son statut de « fille de ». Sans lui, il faut trouver un équilibre. En attendant, elle doit se préparer à « Papa va mourir » ou alors être dans le déni.

Semer des graminées devient alors un bouclier pour se protéger du temps qui passe, contre la maladie qui nous prend les êtres qu’on aime. Le silence n’est pas loin, celui des questions en suspens, du deuil en latence… On fait comme si tout allait bien pour se préserver les uns les autres. Le Cancer erre, attaque par vague. Il se nourrit mais c’était sans compter le combat du père de Nathalie. Un vocabulaire médical se fait une place dans ce quotidien chargé de douleurs, il met à distance par son barbarisme l’état réelle de celui qui est désormais patient et non plus médecin.

Nathalie est là en tant que « passeuse d’âme », un don lourd à porter peut être. Elle sent quand les gens vont mourir, elle les aide à s’éteindre sans encombre. Prévenante, attentive et optimiste sont les masques qu’elle porte. Les allers-retours pour aller voir son père se multiplient au fil des mois. Les mots sont là pour alléger la réalité et en même temps, ils sont digérés pour l’accepter. Il faut que les mots indicibles résonnent d’abord par écrit, « Papa va mourir ». Le récit est fort, on attend comme elle que cet homme se repose en paix et sans douleur, que son combat s’achève après une vie sans excès.

Ici, je veux dire l’émotion, le doute, la peur (…) Décortiquer la vie avant qu’il n’y ait la mort. M’entraîner au deuil

On peut se préparer au pire, on peut essayer. La mort d’un proche, c’est se rappeler qu’un jour aussi, on laissera derrière nous des souvenirs, des êtres chers. Tout peut basculer à chaque instant, c’est pourquoi il faut ouvrir notre coeur et dire ce qui nous anime. L’auteure le fait en dressant ce magnifique portrait de son père, celui des derniers instants. Elle inscrit des maux, des mots d’amour en transparence. Ceux d’une fille pour son père. Elle agit pour elle comme son père lui avait appris, elle écrit pour se réparer. L’écriture est un remède pour s’apaiser, renaître de ses cendres.

La mort prend son temps, plus d’une année est passée depuis l’annonce d’une mort imminente. Il y a eu un dernier Noël, une dernière nouvelle année. Tout le monde vient dire un dernier adieu. Le lecteur est ému, touché par cette étape difficile de la vie.

Semer les graminées est un récit touchant, Nathalie Longevial nous partage une épreuve difficile. Elle a su poser les mots sur ce qu’elle était en train de vivre en toute simplicité mais touche en plein coeur le lecteur par ses réflexions sur la vie, sur le quotidien qu’elle nous livre. Ce récit intime est émouvant et il fait revivre le temps de la lecture un homme, un père qui a laissé des traces dans la vie d’une femme, d’une petite fille qui le fait exister à travers ses mots et dans son coeur.

Un grand merci à Nathalie Longevial qui m’a fait découvrir son texte, ce fut une belle lecture que je n’oublierai pas et que je vous recommande. Elle vous aidera peut être à surmonter la perte d’un proche ou au contraire, prendre conscience de la chance d’avoir des êtres qui vous entourent et vous chérissent…

Belle lecture,

Anaïs

3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Mille mercis pour cette belle chronique. Merci de votre confiance et de votre partage.<3

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