Manifesto – Leonor de Recondo

Leonor de Recondo est une auteure que j’ai découverte grâce à Rêves oubliés, le coup de foudre. Désormais je la suis à chaque nouvelle parution. Sa plume nous emporte dès les premières lignes, poétique. Il faut savoir que les romans de Leonor de Recondo se savourent car ils sont courts. Ses sujets sont choisis avec soin et originale. Quelques mots sur ces différents écrits.

Rêves oubliés, le roman de l’exil qui retrace l’histoire de sa famille en filigrane. À cause de la guerre civile espagnole, beaucoup de personnes fuient vers l’Espagne. Un nouveau pays, une nouvelle culture. Une famille fait tout pour s’adapter, se reconstruire. Un mot pour cet écrit : majestueux.

Après ce roman, il y a eu Pietra viva. L’art est au centre de cette oeuvre. Michel-Ange va chercher du marbre pour la Basilique Saint-Pierre.

Amours, un des romans qui m’a le moins séduite. Le maître abuse de sa position pour assouvir ses désirs avec la bonne de sa maison. Elle tombe enceinte, sa maîtresse va s’approprier l’enfant sans avoir aucun amour maternel pour lui. La chute précipite trop vite la narration.

L’avant-dernier à ce jour, Point cardinal. Un roman singulier et innovant par son sujet, le premier que je lis sur le transgenre. Passionnant ce questionnement sur l’identité. On suit un homme au quotidien des plus banales, il est marié et a deux enfants. Seulement, quelques soirs, il rentre dans sa voiture et quand il en sort, c’est une femme. Comment avouer à sa famille ce qui nous habite au plus profond de nous-même ?  À lire !

Et enfin Manifesto, un retour aux sources. Leonor de Recondo revient sur ses origines. Elle dresse le portrait de son père, elle lui donne une voix, un corps. Magnifique récit, poignant.

Félix, le père de Leonor, nous partage des bribes de souvenirs. Cela peut se construire à partir d’une conversation qu’il imagine avec Hemingway, un vieil ami qu’il a connu. Lors de ses passages, on se projette facilement.  Il a fui les bombardements de Guernica et se réfugie à Hendaye. Des épisodes historiques sont retranscrits, cela vient enrichir le récit. La présence d’Hemingway est très appréciée, Martha Gellhorn apparaît également. Cela permet d’évoquer la monstruosité de l’homme, des limites qu’il franchit sans cesse.

Leonor rend visite à son père à l’hôpital accompagnée de sa mère. Il est absent, en sédation profonde. Cette nuit, c’est l’occasion de lui dire au revoir, de repenser aux souvenirs, à la vie de l’homme qu’elle a devant les yeux. En écrivant sur lui, elle inscrit son corps dans le texte :

“Je suis un avec la feuille, (…) nos souffles vont ensemble”.

C’est une artiste comme lui, elle a l’écriture, le violon. Lui était sculpteur, peintre. Ils ont tous deux une grande sensibilité quant au monde qui les entoure. cela se retranscrit avec force dans les romans de Leonor de Recondo. La poésie plane au dessus de son texte.

Peu à peu, elle se prépare à la séparation. Son père aussi. C’est comme s’il était au dessus de son corps et qu’il pouvait tout voir. Il est dans un entre-deux.

On meurt, c’est tout, et on agrandit l’âme de deux qui nous aiment.

On la dilate. La mienne va bientôt exploser”. 

La mort marque profondément la vie de Felix. Avant Leonor, il a eu trois enfants qui se sont donnés la mort chacun à leur tour. Leonor constitue un véritable travail de mémoire. C’est un roman polyphonique, chacun des personnages a sa mise en avant. Elle en a  besoin pour faire son deuil, chose que son père n’a pas su faire.

La temporalité est balayée, entrecoupée par le présent qu’était cette dernière nuit. La création offre une intimité que l’auteure partage avec son lecteur, son père. Cette nuit s’éternise pour ne rien oublier, inscrire au monde Félix mais aussi Hemingway, la guerre, les monstruosités de l’homme. Une plaie est ouverte, la mort d’un père ou celle de ses enfants pour Félix. Les corps sont essoufflés de repenser à tout cela mais l’écriture permet d’achever cette retranscription.

Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un roman aussi poignant, une nouvelle fois l’auteure a su me séduire, me toucher. Je le conseille à ceux qui ne connaissent pas cette auteure, lisez peut-être Rêves oubliés avant, vous le savourerez d’autant plus.

 

Belle lecture,

Anaïs

 

3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Très belle chronique, le nouveau livre de Récondo a l’air poignant… J’aime beaucoup cette auteure.

    Aimé par 1 personne

    1. Anaïs dit :

      Il est beau, fort. On est jamais déçu ! 🙂

      Aimé par 1 personne

Répondre à mllelitterature Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s