Tous les hommes désirent naturellement savoir – Nina Bouraoui

Nina Bouraoui est une autrice que j’ai découverte pour organiser une rencontre avec elle dans la librairie où je travaillais. J’ai lu Beaux rivages, histoire d’une séparation et de ses étapes, des émotions qui nous traversent avant de tourner la page. Mes mauvaises pensées, ma seconde lecture, a été un vrai coup de coeur. N. Bouraoui y mêle des souvenirs d’enfance partagés entre l’Algérie et la France. Son écriture nous séduit, elle partage son intimité, ses pensées et c’est ce que j’ai retrouvé dans son dernier roman : Tous les hommes désirent naturellement savoir. Elle se confie à ses lecteurs, inscrit les mots durablement en dressant le portrait de sa mère, de son enfance…  Si vous voulez revenir sur mes premières impressions, cliquez-ici. À ce jour, je suis conquise, je vais désormais suivre attentivement son travail.

Tous les hommes désirent naturellement savoir est un roman intimiste qui se dévore. Les temporalités s’entremêlent comme cela peut se passer dans notre tête. Tout vient par vagues, on pense à un pays, à une personne. Nina Bouraoui est née à Alger. La situation politique va obliger ses parents à les protéger et à envoyer leurs enfants en France sans les y préparer. Les vacances chez les grands-parents maternels se prolongent et il n’y a pas de billets retour. Cela provoque un profond déracinement pour l’autrice qui se retrouve catapulter dans une nouvelle culture, de nouveaux paysages bien loin de son quotidien. Elle doit faire son deuil mais heureusement sa “ mémoire est photographique”. Les souvenirs perdurent, ils sont vivants. Elle se questionne, la jeune femme grandit. Est-ce que son identité amoureuse aurait-été ce qu’elle est si elle était restée en Algérie ? Aurait-elle pu vivre au grand jour ses relations avec des femmes ? Même si les libertés sont plus grandes, elle ne s’accepte pas pleinement. Paris est l’occasion pour elle d’expérimenter, de grandir. Elle est seule et veut être aimée. On va suivre ses sorties nocturnes, ses amitiés.

L’écriture va prendre une place dans sa vie  à l’âge de dix-huit ans. Elle va être un lieu un lieu innocent pourtant “ l’écriture n’apaise pas, c’est le feu sur le feu”. Un moyen de se remémorer, de comprendre ce qui fait notre identité. Les noms des chapitres sont intéressants et représentatifs de son récit : “se souvenir”, “devenir”, “savoir”, “être”. Le programme d’une vie.

Nina Bouraoui dresse en abîme un portrait de sa mère. A travers elle, elle évoque les violences faites aux femmes. On pense à l’essai de Léïla Slimani Paroles d’honneur qui rejoint ce que rapporte l’autrice. N. Bouraoui nous partage plusieurs exemples concrets, notamment la fois où sa mère a subi des attouchements et ne porte pas plainte.  Ses mots sont forts, elle dira à sa fille :

“ J’ai appris à nier ce que l’on ne peut nommer. Sans mot rien n’existe, tu comprends ? ”

Tous les hommes désirent naturellement savoir est un roman qui offre aux lecteurs des bribes de vie de Nina Bouraoui. Son écriture est poétique malgré les thématiques aux tons graves qui peuvent y être abordées telles que l’homosexualité, les violences politiques, les violences faites aux femmes, le sida, la drogue, le déracinement, le racisme et bien d’autres. Ce fut un réel plaisir de la lire une nouvelle fois, de découvrir la plume que j’ai apprécié lorsque je l’ai découverte.

“ Nous sommes les parents de nos oublis et de nos mensonges ”.

Bonne rentrée,

Anaïs

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