Aliénor & Clara Dupont-Monod

Deux romans historiques ont su me captiver : Le roi disait que j’étais diable et son second volume La Révolte tous deux écrits par Clara Dupont-Monod une autrice que j’ai découverte avec plaisir. La parution du deuxième tome prévue pour la rentrée littéraire 2018 m’a poussée à m’emparer du roi que je n’avais pas lu, un coup de coeur. Elle prend pour sujet une figure féminine connue de tous, Aliénor d’Aquitaine. Une femme au fort caractère qui a un territoire plus étendu que le roi de France. Son destin est fait de tumultes politiques, de conflits familiaux qui lui laisseront peu de répits dans sa vie. C’est ce que l’on va découvrir plus en détails. Petite précision, C.D.Monod a pris quelques libertés sans toucher toutefois au fond historique. Elle a ajouté des événements qui n’ont pas eu lieu ou a pu changer des traits de caractère d’Aliénor. Cela touche en rien le sublime récit qu’elle nous offre.

 

I – Un portrait en contraste

Aliénor, belle jeune fille aux cheveux détachés et aux robes colorées séduit très vite le jeune roi. Ce dernier est Louis VII, un homme qui rêvait d’une vie monacale mais qui se retrouve face à sa promise partagé entre un sentiment de peur et d’amour. Aliénor est ambitieuse, turbulente, lui est un homme de mots. Elle lui a donné par leur alliance un domaine qui est le plus vaste et le plus riche de France. Au fil des pages, on voit se dessiner un portrait en contraste. Aliénor contre Louis ou le sud contre le nord, un combat difficile.

Petite parenthèse sur l’écriture du premier tome qui est intéressante. L’autrice a fait le choix d’alterner les points de vue. Nous avons ainsi les sentiments d’Aliénor puis de son époux Louis VII qui viennent compléter la narration et élargir la présentation de ce monde passionnant. De plus, les faits historiques sont partagés en toute simplicité, sans lourdeur et l’Histoire en est sublimée.

Revenons à Aliénor qui est une jeune fille de 13 ans fiancée au futur roi et emmenée  dans une ville qu’elle ne connaît pas, bien loin de sa campagne. Paris,

“ une femme énorme et sale qui danse parmi des immondices”.

Un nouveau monde s’ouvre à elle, sa réputation n’est pas celle qu’elle avait dans ses terres. Admirative de la nature, certaines de ses coutumes qu’elle tient à respecter la font passer pour une sorcière. Par exemple, une qui peut nous faire sourire est qu’il faut toujours manger le fruit que l’on cueille sous l’arbre où on l’a pris, par respect. Elle n’est pas montrée comme pieuse, c’est un choix de Clara Dupont-Monod. Ce n’était pas le cas dans les faits mais cela rend d’autant plus forte sa révolte contre la société qui l’entoure. Elle veut faire perdurer l’héritage que lui a transmis son père : la culture des troubadours, des poètes. C’est lui qui les a introduit dans sa cour. Elle cherchera leurs présences durant toute sa vie.

Si elle aime que l’amour soit chanté, il ne faut pas oublier que l’épée, le combat est également essentiel. Aliénor est fière de son époux lorsqu’elle le voit partir au combat sinon elle le trouve éteint, sans intérêt. Aliénor et Henri ne forment pas un couple modèle mais bien forgé sur des intérêts et une alliance diplomatique. L’amour qu’ils se portent est inégal. Louis VII est tout à fait conscient de ce qu’elle pense de lui et toute sa vie il lui sera fidèle. Il apparaît à plusieurs reprises dans le second volet même s’il n’est plus le personnage principal. Telle une ombre, il erre non loin d’Aliénor. Il fera tout par amour, il sera même excommunier pour répondre aux attentes de son épouse mais il rebroussera chemin car l’horreur a jailli et il veut revenir en arrière. Il sait qu’elle a une mauvaise influence, elle l’éloigne de ses valeurs. C’est un amour malheureux. Comme ses filles, Aliénor subit un mariage imposé. Seule sa soeur fait un mariage d’amour, elle mettra tout en oeuvre pour qu’il soit approuvé par le roi. Ils ont eu deux filles et elle ne sait pas tromper pour la suite :

“ Née fille, elle porte mille ans de servitude”

Au fil des pages, nous voyons une femme meurtrie par la vie. Elle demandera la séparation pour poursuivre son destin.

 

II – Aliénor face à un rival de taille

La fin du Roi disait que j’étais diable laissait entrevoir une suite avec le prochain époux d’Aliénor. C’est bien le cas avec La Révolte, on apprend à connaître Henri Plantagnet, roi d’Angleterre, à travers leur fils mythique : Richard Coeur de Lion. Aliénor fidèle à elle-même ne perd pas de vue ses ambitions : préserver son royaume et l’étendre. Elle obtient cela avec ses secondes noces. Les premières années sont paisibles mais le destin va se venger. On assiste à un règne fait de domination. Ici c’est Louis VII le pieux et Henri Plantagenet le terrible qui s’opposent. Henri n’est ni un bon père, ni un époux. Sûr de lui, il veut conquérir le royaume de son épouse et la faire plier. C’est un roman où les alliances, les héritages se font et se défont. Richard hérite à 14 ans de l’Aquitaine par sa mère. Il a 6 frères et soeurs. Louis sera toujours présent, il accueille les fils qu’il n’a jamais eu comme les siens dans son royaume. Leurs enfants sont mêmes promis les uns aux autres.

Alors qu’Henri dépasse toutes limites, ses trois fils, Henri, Geoffroy et Richard, se lient contre lui. Le petit dernier Jean est le petit protégé de son père. L’assaut est lancé mais ils se font vite dépasser, leur mère est enfermée. Richard doit être roi mais son père fait tout pour éviter ça. Aliénor est libérée après de nombreuses années mais elle reste inchangée. Tout comme son mari, elle est peu démonstrative envers ses fils mais elle les protège de loin. Jean veut être roi d’Angleterre, Philippe fils d’Henri veut quant à lui l’Aquitaine. Richard est trahi. Aliénor voit ce qu’elle a construit s’effondrer, certains de ses enfants ne sont plus de ce monde, les autres s’entretuent. Elle ne connaîtra pas la paix.

Ce deuxième roman se lit avec autant de plaisir que le premier. Le seul reproche qu’on peut lui faire est qu’on ne retrouve pas de suite les changements de points de vue. Cela nous manque ! On ne connaît pas aussi bien les pensées d’Henri alors que ses actes dépassent l’entendement. Il a enfermé sa femme pendant plusieurs années. On perçoit cet homme comme quelqu’un d’autoritaire, de démesuré. On aimerait comprendre comment ses actions sont dictées. J’ai beaucoup aimé ces deux romans mais j’ai une préférence pour le premier qui est un très gros coup de coeur. Le second prolonge le plaisir de lecture.

 

Est-ce que vous les avez lus ?

Anaïs

IMG_1133.JPG

Un commentaire Ajouter un commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s