L’amour après – Marceline Loridan-Ivens

L’amour. Après. Le titre en dit beaucoup. Un certain silence plane. Après, c’est la vie qui suit la seconde guerre mondiale, le quotidien des camps, la perte de certains membres de sa famille. Marceline Loridan-Ivens nous offre un aperçu de sa vie en quelques pages mais de manière intense. Elle revient sur les amours qu’elle a eu, la cassure qui est en elle après la guerre. C’est le bilan d’une vie riche intellectuellement, en rencontres, en événements…

Elle ouvre son récit en nous apprenant qu’elle a perdu la vue et ne se résout pas à vivre comme ça. Elle n’arrive plus à lire sans un dispositif spéciale, une grosse loupe qui lui permet de revivre des lettres qu’elle a reçu. Ces lettres proviennent d’une valise qu’elle n’a pas ouvert depuis des années. L’occasion de revenir sur un temps lointain, de parler de sa vie conjugale, d’amitiés. Marceline parle d’elle à la troisième personne, ce qui marque la rupture entre la jeune fille qu’elle a été après l’irréparable et lorsqu’elle a réussi à devenir femme.

Être revenu des camps, c’est ne plus exister dans la société, être invisible. A 15 ans, Marceline y était. Son père y est mort, son frère et sa soeur, rescapés, n’y ont pourtant pas survécus. Ils ont mis fin à leur jour, pulsion que connait également Marceline. La vie d’après guerre se vit intensément, elle ne veut plus perdre son temps. La jeune femme s’entoure d’intellectuels (Perec, Barthes etc). Elle enchaine des relations qui ne la font pas renaître. Son rapport au corps est difficile, il ne lui appartient plus, elle ne veut pas le voir. Il faut s’abandonner pour connaître le plaisir ce qu’elle ne peut faire jusqu’à une certaine époque. Elle résiste face à l’amour.

Tout le monde tente d’oublier, de se ranger en se mariant, en ayant des enfants. Sa mère veut qu’elle prenne ce chemin. Marceline n’est pas faite pour rentrer dans le cadre traditionnel de la société. Son corps était « sec », elle n’a jamais eu d’enfants. Aucun temps n’est donné pour se reconstruire. Une vie ne suffit pas pour oublier, pour redevenir ce qu’on a été avant la guerre.

Marceline est une femme qui a connu G.Perec, R.Barthes, S.Veil pour qui elle avait beaucoup d’affection. Elle s’est mariée à deux reprises. Elle a connu un grand amour avec Joris Ivens, réalisateur avec qui elle a fait des films en Indochine.

2002 a marqué un tournant dans sa vie, elle a réussi à parler de ce qui est enfuit en elle, de ce dont on ne peut parler en sa présence : les camps. Une manière de réconcilier les deux parties d’elle-même, de se décharger d’un poids.

Ce témoignage est poignant, on aurait aimé qu’il se prolonge de quelques pages. Elle nous fait pleinement revivre des instants de sa vie, d’une époque que l’on ne peut et ne doit pas oublier. Elle rappelle qu’il faut partager ce qui s’est passé dans les camps. Non seulement marquée à vie par ce qu’elle a subi là-bas, elle est également marquée physiquement par son matricule. Lors d’une soirée, ivre, elle le partage pour qu’une personne se le fasse tatouer à son tour pour cet événement historique mondial ne tombe pas dans l’oubli avec les prochaines générations.

Lecture que j’ai beaucoup appréciée et que je recommande !

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