Petit pays – Gaël Faye

Petit pays est un premier roman qui vous prend aux tripes. C’est l’effet que l’on ressent lorsqu’on vient de finir les dernières pages, bouleversantes. Il mérite plus le Goncourt que Chanson douce (à mon humble avis)

Dès le début on sait à quoi s’attendre, le narrateur Gabriel qui préfère qu’on le nomme Gaby revient sur son passé : l’enfance au Burundi. Il a dû fuir son pays à cause du génocide au Rwanda, de la guerre entre les Hutu et les Tutsi, deux ethnies qui ne peuvent cohabiter. Gaby vit désormais en France mais ce n’est pas vraiment chez lui tout . 

“ Je n’habite plus nulle part ”. 

“ Une nouvelle ville, comme une vie sans passé ”.

“ Il m’obsède ce retour, je le repousse, indéfiniment, toujours plus loin ”. 

On sent sa déchirure vingts ans après son départ. Son père était français, sa mère du Rwanda frontalier au Burundi. La jeune femme a du fuir son pays après une nuit de massacre en 1963. C’est une expatriée comme le seront ses enfants. Leur couple connaît une mauvaise période qui va s’achever par une séparation puis un départ de la figure maternelle au Rwanda. Gaby raconte tout cela par l’intermédiaire de ses yeux d’enfant un peu innocent. Il espère que ses parents seront à nouveau ensemble. Pour lui, ils ne sont pas vraiment séparés, ils forment toujours une seule entité. 

Gaby nous partage son quotidien avec sa soeur Ana plus petite que lui, les journées à l’école et les moments passés avec ses copains qui ont une place importante. Ils passent des après-midi à voler des mangues dans leur quartier pour les revendre ou s’en goinfrer. Ils sont très loin de penser au conflit au Rwanda. Cependant au fil des pages, le garçon découvre peu à peu la réalité qui se déroule non loin de chez lui, la préoccupation grandissante des adultes. Pour son père, la politique n’est pas pour les enfants. C’est grâce à son oncle Pacifique qui fait partie d’un groupe révolutionnaire au Rwanda qu’il va en savoir davantage. Prénom un peu ironique puisqu’il est loin d’adopter l’attitude de Gandhi. Il veut se battre pour donner un futur à son pays alors que sa mère, la grand-mère de Gaby ,a en tête un Rwanda du passé.

“ Il était temps de rentrer chez eux, que le Burundi n’était pas leur pays, qu’ils n’avaient pas vocation à rester des réfugiés pour l’éternité ”. 

Gino, un de ses amis, est au courant de l’actualité et lui partage les grands événements notamment l’assassinat du président. Gaby se sent à moitié concerné par cela et de ces deux ethnies qui s’entretuent. Le président était le premier élu par vote, plus de parti unique mais une dualité qui revient sans cesse. On pensait qu’il n’y aurait plus de coup d’État, qu’une nouvelle ère commencerait. On se trompait. L’assassinat impose un couvre feu dans le Burundi, les frontières sont fermées. Pour les enfants, “ la guerre n’était qu’un simple mot ”. Ils sont encore des privilégiés. La guerre avance progressivement dans les campagnes, des villages sont incendiés, les rescapés fuient vers les pays limitrophes dont le Rwanda qui n’a pas encore connu l’épisode qui marquera le pays à jamais. 

Dans la vie de Gaby, rien n’a vraiment changé. Il poursuit ses aventures avec la bande, envoie des lettres à Laure dans le cadre des cours et tombe amoureux à travers leur échange France-Burundi. Pacifique à qui ils ont rendu visite chez leur grand-mère leur apprend qu’une grand tuerie se prépare. Ils décident que femmes et enfants de la famille rejoindront la maison de Gaby pour Pâques, ce qui n’arrivera pas. La haine contre les Tutsi se propagent, les militaires les persécutent. 

Ayant en tête les premières pages, on se demande quand est-ce qu’un basculement vers l’horreur va se produire. Le lecteur attend, suit l’histoire de ce garçon qui ne se doute de rien mais qui petit à petit grandit, comprend les enjeux de sa société. Une nuit, Gaby et Ana sont tous seuls, des coups de feux retentissent. Ils ont peur, ne comprennent pas. Leur père revient au matin, allume la radio. La musique classique retentit, un coup d’État a été fait. 

“ Le Rwanda était devenu un immense terrain de chasse dans lequel le Tutsi était le gibier ”. 

Le génocide comme la terreur se propagent. La mère de Gaby revenue près de ses enfants se consume. Elle est inquiète pour sa famille au Rwanda, sa mère n’a plus d’espoir et lui dit adieu par téléphone. Les ambassades font rentrer les expatriés, Gaby voit deux de ses amis partir. Il reste Gino & Francis fascinés par la violence alors que ce n’est pas le cas de Gaby qui se réfugie dans les livres que sa voisine grecque lui prête. Le garçon s’évade par la littérature mais il sera ramené de force à la réalité par ses amis. 

Yvonne, la mère de Gaby, était partie à la recherche de sa famille au Rwanda. Elle n’y trouve que l’horreur et la mort. Dans la maison de sa mère, elle voit les corps de ses neveux et nièces gisant depuis trois mois. Cet épisode la marquera au plus profond d’elle même et relèvera d’un traumatisme. Son frère n’échappe pas au destin. C’est un ami du père de Gaby qui va retrouver sa mère errante, amaigrie, méconnaissable. Yvonne s’en prend à Ana, son père n’accepte pas cela. Elle disparaît.  

“ Nous vivons, ils sont morts. Maman ne supportait pas cette idée”.

Les militaires contrôlent les villes au Burundi, ils ne veulent pas d’Hutu ou de Français sur leurs terres. La guerre a atteint l’impasse de Gaby. Le père d’un ami est mort puis ça sera le tour de son propre père. Il quitte avec sa soeur ce pays qui restera en guerre quinze années de plus… 

“ Je tangue entre deux rives, mon âme a cette maladie-là ”.

Vingts ans après son départ, il doit se rendre au Burundi pour l’héritage qu’il reçoit de son ancienne voisine grecque. Il rencontrera sa mère perdue dans ses pensées de l’ancien monde et il prendra soin d’elle. 


Petit pays est un réel coup de coeur qui sait vous embarquer dans cet épisode historique tragique. Un récit très émouvant !

Bonne lecture

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