Chanson douce – Leïla Slimani

Je viens de fermer les dernières pages de cette oeuvre de la rentrée littéraire qui a eu le Goncourt. Un peu décevante. Les trois premières pages sont pourtant assez poignantes.

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Adam encore un nourrisson est mort, Mila va succomber. La nounou en est responsable et n’a pas su se suicider. La mère, Myriam, découvre la scène macabre en rentrant plus tôt de son travail. L’intrigue est posée mais le lecteur, en étant plongé dans un retour dans le passé, oublie peu à peu l’horreur de l’incipit.

On entre dans la vie de Myriam qui après avoir réussi le barreau accouche de sa fille Mila. Elle reste à la maison pour l’élever puis vient Adam. Elle ne peut se contenter de cette vie de mère de famille, elle n’est pas heureuse. Son mari Paul est surpris le jour où elle lui annonce qu’elle va reprendre sa carrière avec un de ses anciens amis de promo, Pascal. C’est pourquoi ils cherchent une baby-sitter. Le premier rouage s’enclenche vers la tragédie.

Louise sauve le couple. Elle permet aux deux de nourrir leur ambition. Myriam ne s’occupe plus du quotidien, elle se consacre à de petites affaires qui la feront connaître. Paul quant à lui travaille dans un studio de musique où il a décroche de bons contrats. Tout leur sourit. Louise en plus de s’occuper des enfants, fait le ménage et la cuisine. Elle prend soin de tout le monde, tout est prêt lorsque le couple rentre du travail.

“Ma nounou est une fée ”

Ce qui est intéressant dans Chanson douce, c’est l’importance accordée aux différents points de vue. On passe de Myriam à Louise mais aussi à Paul ou à des personnages plus secondaires.  Ainsi on a une constellation d’informations qui nous permettent de dresser un portrait de la société actuelle. On connaît mieux aussi Louise, on peut essayer de comprendre pourquoi elle en est arrivée à une telle atrocité.

Cette femme se fait une place dans l’appartement de la famille, elle devient indispensable.

“ L’appartement silencieux est tout entier sous son joug comme un ennemi qui aurait demandé grâce”.

“ Derrière ce physique fragile, étroit, Louise cache une vigueur de colosse ”.

L’auteur dissémine au fil des pages des indices évoquant le mal-être de Louise, sa solitude.  Cependant elle sait imposer ce qu’elle pense bon pour les enfants, ses habitudes. Elle est envahissante pour Myriam mais le couple va jusqu’à l’amener en vacances avec eux en Grèce.

Au récit se mêle l’enquête, très ponctuellement. Myriam est accusée de délaisser ses propres enfants, de favoriser sa carrière. Sa belle-mère pensera la même chose lors d’un séjour où ils sont tous réunis. Louise a été poussée à bout alors que c’est elle qui ne voulait jamais partir et rester parfois dormir à l’appartement.

La tension monte, Mila échappe à la vigilance de Louise. La petite fille étouffe dans les bras de sa nounou une fois que celle-ci l’a retrouvée. Elle est obligée de la mordre pour s’échapper de l’étreinte malsaine. Par la suite, on apprend qu’Adam a deux morsures sur le corps. Stéphanie, la fille disparue de Louise, a également subi des violences. Le tableau de Louise, la nounou si parfaite, se noircit.

Impossible de se passer d’elle mais autant Paul que Myriam sentent une aura dangereuse en Louise. Ils veulent se passer de ses services.

“ Bien sûr, il suffirait d’y mettre fin, de tout arrêter là. Mais Louise a les clefs de chez eux, elle sait tout, elle s’est incrustée dans leur si profondément qu’elle semble maintenant impossible à déloger. Ils la repousseront et elle reviendra. Ils feront leurs adieux et elle cognera contre la porte, elle rentrera quand même, elle sera menaçante, comme un amant blessé”.

Myriam prend ses distances. Louise va jusqu’à souhaiter qu’ils aient un autre enfant pour pouvoir rester. Adam va rentrer à l’école, elle ne serait plus très utile. Cela devient une obsession.

Les parents auraient dû mettre à exécution leur décision. Éloigner cette femme de leur foyer qui est désormais détruit, inexistant. Leur appartement est un lieu de deuil. On doit y faire une reconstitution pour comprendre ce qu’il s’y est passé, ce qu’avait en tête Louise. On rejoue une scène de théâtre sordide.

Chanson douce se lit très rapidement, on a quand même le temps de bien entrer dans l’univers de la famille ainsi que de celui de Louise qui n’a plus personne sur qui compter, se reposer. J’aurais aimé voir la réaction du père, de la mère. Le post-crime. Les mots de Louise. Il manque un côté plus psychologique du personnage. L’enquête menée nous laisse un peu sur la fin.

Bonne lecture…

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