Rencontre avec Nina Bouraoui…

Nina Bouraoui est une auteure que je viens de découvrir grâce à sa venue dans la librairie où je travaille. Je me suis donc emparée de Beaux rivages & de Mes mauvaises pensées. Le premier s’est lu très vite mais rien de surprenant alors que le deuxième m’a pleinement séduite…

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– Beaux rivages – (+)

Ce roman a été écrit pour un proche, il rapporte une rupture amoureuse et s’adresse à tous les coeurs brisés. L’histoire est donc vraie, elle veut toucher un maximum de personnes qu’elles soient hétérosexuelles ou homosexuelles. L’auteur veut les aider par la littérature comme pourrait le faire la musique ou le cinéma. Chaque art a sa charge émotionnelle.

A & Adrian étaient ensemble depuis huit ans lorsque ce dernier lui annonce par sms que c’est fini, il a trouvé quelqu’un d’autre. Ils vivaient une relation à distance Paris-Zurich (Suisse). C’est en repensant à ce qu’ils avaient vécu qu’elle se rend peu à peu compte que ça n’allait pas vraiment, qu’elle aurait pu s’y attendre comme toute histoire qui touche à sa fin. Le personnage de A passe par tous les stades émotionnels. Adrian doit venir à Paris pour énoncer les choses clairement sauf qu’il tarde un peu. A doit être prête à entendre les choses mais elle garde espoir de le reconquérir car “les choses que l’on n’énonce pas n’existent pas ”. Elle espère le séduire à nouveau mais une troisième personne est venue troubler leur couple : l’Autre. Cette femme qui voit Adrian depuis plus d’un an tient un blog, elle parle ouvertement de sa relation, publie des photographies, des messages pour A. Cette dernière ne savait pas qu’elle allait y devenir accro. La jeune femme détruite ne peut s’empêcher de regarder son téléphone si jamais Adrian l’appelle ou lui envoie un message mais surtout, elle se rend plusieurs fois par jour sur le blog. C’est une arme redoutable pour son adversaire qui n’hésite pas à la torturer. A. a besoin d’en savoir plus sur leur relation, de garder une prise même si Adrian est loin et ne veut plus d’elle.

“ Je ne pourrais pas vivre sans Adrian, sans l’idée d’Adrian, en dépit de mes efforts; je le porterais, je le savais, comme une plaie sous mes vêtements

“ Je n’ai rien contre la poésie, seulement je n’y crois plus depuis qu’Adrian m’a quittée ”.

A. va travailler, faire le doublage de voix dans un studio. Seul moment où elle n’y pense pas trop, une bouffée d’oxygène. Son corps lui fait également part de sa tristesse, elle ne mange presque plus. Elle maigrit & a peur qu’Adrian ne la trouve plus séduisante. Il est toujours au coeur de ses pensées, du livre. C’est une rupture difficile, Adrian a laissé sa marque tant sur son esprit que sur son corps.

Après l’espoir de le reconquérir, la souffrance physique, la perte de sommeil, de goût à la vie, elle passe un cap. A. veut essayer d’avancer, seule. Elle va voir un psychiatre qui lui conseille de briser ce triangle amoureux. Le lien doit être rompu.

“ Je n’étais plus à lui, il n’était plus à moi ”.

Pour en finir, ils doivent se voir. Il vient un week-end, ils se retrouvent enfin. A. aborde le sujet après avoir fait comme s’ils étaient ensemble une bonne partie de la soirée. Elle dit ce qu’elle a sur le coeur alors qu’ Adrian laisse un espoir, on ne sait pas de quoi sera fait demain dit-il. Déterminée, elle l’appelle quelques jours plus tard pour lui dire de ne plus prendre contact avec elle. Elle se reconstruit peu à peu même si ce n’est pas sans difficultés.

Par la suite, A. rencontre Sacha qui a quinze ans de moins, elle en a quarante-six. Il prend soin d’elle, sait qu’elle est encore triste. Elle ne peut pas oublier Adrian mais il y a de l’espoir… Elle se reconstruit.

Beaux rivages est bien écrit & se lit rapidement. On s’attache au personnage de A. et à sa souffrance mais je trouve qu’il manque des interactions avec d’autres personnages, un autre point de vue. On a souvent un monologue lorsqu’elle appelle Adrian ou l’Autre et c’est dommage. Si on prend un peu de recul il ne se passe pas grand chose à part la lente reconstruction de A. . Cela peut être un peu gênant tout comme le fait que l’on finisse sur une note d’espoir car elle a “refait sa vie” mais Adrian est toujours là. Quelques pages dans un futur plus lointain auraient été peut être attendues. Au lecteur d’imaginer…

– Mes mauvais pensées – (+++)

J’ai été complètement embarquée par ce livre ! Une spirale de souvenirs qui ne s’arrête plus, un seul paragraphe pour tout le livre. Pas d’espaces, pas de blancs. C’est un long monologue, la narratrice suit une thérapie car elle souffre de “phobies d’impulsion”. Elle a peur de blesser quelqu’un. Le lecteur devient le psychiatre en écoutant cette patiente qui veut se libérer de ses angoisses. On découvre au fil des pages l’enfance en Algérie, le départ en France. L’oeuvre est un “roman-confession”, il rejoint donc la vie de l’auteur.

Comme Nina Bouraoui, la narratrice a un père algérien et une mère française. C’est un personnage tourmenté, angoissé. Cela peut venir de ce tiraillement entre deux origines qui s’inscrit dans la guerre d’Algérie. Deux familles que tout oppose.

“ C’est au delà de l’histoire des corps, je suis dans une conscience politique, je suis dans le partage du monde, je n’ai jamais séparé mes deux amours, je suis faite de ce ciment là, la violence du monde est devenu ma propre violence ”.

Alors qu’elle passe ses vacances en France, on lui dit qu’elle ne rentrera pas en Algérie parce que sa mère est malade, elles vont vivre ici désormais. Déchirement sans au revoir. Elle laisse une partie de son corps, de sa vie là-bas. Elle se dit “déracinée”. La tristesse qu’elle ressent aujourd’hui vient de cet événement marquant. Dans ce nouveau pays, elle apprend à devenir une autre.

L’écriture a un pouvoir sensuel car “chaque roman vient du désir”. Elle écrit à partir de la vie, de ce qui la traversait. Elle a peur de ne plus écrire, de perdre le langage. Écrire pourrait être une thérapie. Elle est “ le sujet buvard” car elle écrit sur sa famille, elle s’imprègne de leur vie. Le temps, les lieux se mélangent. On passe d’un souvenir à l’autre sans interruption. Le passé n’est jamais mort. Le lecteur est tenu en haleine jusqu’au bout sans être perdu grâce à une écriture très bien maîtrisée.

“ Je suis fatiguée aussi d’exister par mes livres ”

Plusieurs femmes sont mêlées à son récit. Des anciennes compagnes, des amies, sa soeur. Elles n’ont pas vraiment de noms : la Chanteuse, l’Amie, M. . Seule Diane de Zurich a de la chance. Dans Beaux rivages, il en va de même seul Adrian est nommé. Sa mère a une place importante car elle mène un combat contre son propre père qui ne fait que la rabaisser. Sa tristesse vient également de son enfance.

“ Je ne peux pas réparer l’enfance de ma mère par ma propre enfance”.

“ Je soigne mon enfance ”.

Mes mauvaises pensées est une très bonne lecture par le style de l’auteur mais aussi par les va et viens de souvenirs qui s’entremêlent pour reconstituer la vie de la narratrice. On a envie de découvrir l’Algérie où elle a vécu, de réparer ses angoisses. De lui parler mais en tant que « psy » d’abord on écoute…

Bonne lecture

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