Rencontre avec Hemingway

Quand je me suis mise à lire Le Jardin d’Éden d’Ernest Hemingway, j’avais en mémoire Paris est une fête, l’une de ses œuvres les plus célèbres. Une lecture qui m’a laissé un très bon souvenir, celui d’un auteur qui vagabonde dans les rues de Paris, d’une ambiance particulière, de ses moments d’écriture. Et je me suis dit pourquoi ne pas relire des extraits. Le vieil homme et la mer faisait également partie de ma bibliothèque, c’est la première oeuvre que j’ai découverte mais elle ne m’a pas convaincue, même après avoir relu quelques pages. Heureusement que je n’ai que ces trois livres dans ma bibliothèque car j’aurais pu me lancer dans un marathon. J’étais donc motivée pour parcourir ces deux œuvres. Hemingway a inauguré ma période «auteurs américains» que j’ai beaucoup appréciée ( Thoreau (XIX°, gros coup de coeur), Kerouac (XX°), Scott Fitzgerald (XX°), Miller (XX°) ou des lectures plus contemporaines des Éditions Gallmeister comme Pete Fromm, Rick Bass, David Vann).

Ce qui m’amène à vous parler (brièvement ou non) de deux romans dont un d’Hemingway, Le Jardin d’Éden, d’un film Hemingway & Gellhorne et de deux romans tournants autour du personnage (Adios Hemingway de Leonardo Padura, Madame Hemingway de Paula McLain). En espérant que cela vous plaira…

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Je me suis intéressée à cet auteur grâce à  :

  • une lecture que j’avais appréciée au cours d’un été, Madame Hemingway de Paula McLain. C’est Hadley Richardson qui nous fait part de sa rencontre avec l’écrivain, première épouse d’Hemingway. Elle est présente dans Paris est une fête. C’est un roman qui se lit sans difficultés et nous partage un univers composé de fêtes, de rencontres de personnalités telles que James Joyce, Scott Fitzgerald etc.
  • À la même période, j’ai découvert un film :  Hemingway & Gellhorne que j’ai revu après la lecture du Jardin d’Éden. Je l’ai trouvé moins complet que dans mon souvenir. Il survole au travers de Martha (jouée par Nicole Kidman), reporter de guerre et épouse par la suite d’Hemingway, la guerre d’Espagne, leur mariage, un voyage en Chine etc. Quand je pense à l’auteur, j’ai cette image en tête désormais. C’est un bon point d’accroche tout comme Madame Hemingway. Cela permet de rentrer dans l’univers de l’auteur et de mieux le connaître (écriture, implications dans les questions politiques de l’époque, mode de vie de l’auteur, sa relation avec les femmes etc.).

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  • Le Jardin d’Éden ( Folio).

J’espérais qu’au fil des pages, je sois davantage prise par l’histoire. Le livre a été lu entièrement grâce à son style. Paris est une fête a été un coup de cœur, Le Jardin d’Éden non. C’est pourquoi en commençant la lecture, j’avais une certaine attente qui n’a pas été remplie. L’histoire est simple, le style aussi. La quatrième de couverture que je ne lis jamais d’habitude annonçait une histoire avec plus de rythme.

David, écrivain, commence à avoir du succès avec ses romans. Il fait sa lune de miel dans le sud, en Méditerranée avec sa femme, Catherine. Cette dernière est le personnage qui insuffle un mouvement à l’histoire et heureusement. Leur quotidien est rythmé par l’écriture pour David, de promenades pour Catherine le matin puis vient le moment pour un apéritif, un déjeuner puis une baignade, apéritif, dîner etc. Les journées suivent le même schéma. L’alcool est omniprésent tout au long de l’histoire, fidèle à son auteur mais cela provoque des changements d’humeur chez elle. Nous avons donc un couple qui profite de la vie. Catherine se dévoile peu à peu en laissant transparaître une part de folie. On comprend mieux pourquoi David la surnomme mon « Démon ». Elle veut être lui et que lui soit elle, David est réticent à jouer à cela. Elle insiste, il cède. C’est un homme un peu fade, il se fait mener par sa femme qui est lunatique. Un jour, elle veut devenir blonde et veut en faire de même avec son mari. Il accepte. Catherine va plus loin et ramène une femme qu’elle a rencontrée et l’impose à son mari. Ils sont dans un hôtel, Marita prend une chambre. Ils forment désormais un trio. Cette dernière est attentionnée envers le couple pour qui elle a des sentiments, elle éprouve un peu de gêne puis cela passe. Peu à peu, elle se rapproche des deux et Catherine la pousse dans les bras de son mari.

L’éditeur essaye d’attirer le lecteur en disant « Jalouse de son travail, sa femme Catherine lui fait rencontrer une inconnue. Marita, et s’emploie à créer une relation érotique qui les enferme dans le triangle d’un invivable huit clos ». Miller avec Sexus fait vraiment de l’érotisme, Hemingway non. On a l’impression que les choses sont voilées tout comme le personnage de Catherine, des approfondissements auraient été mérités. Le côté psychologique de Catherine, sa soi-disante folie aurait pu être amplifiée, développée, elle aurait été alors encore plus attirante, intrigante car c’est bien elle qui mène l’histoire. David est un peu en retrait même si les chapitres du livre qu’il est en train d’écrire sur son père sont insérés dans le récit. Je trouve que Catherine est une pâle copie de Mona, personnage phare de Miller.

Le trio s’effrite peu à peu, Catherine n’apprécie pas le travail de David. Marita, quant à elle, essaye de se faire une place et sert de tampon entre les deux. Elle s’occupe de Catherine lorsqu’elle a des crises. Le couple initial n’est plus et il devient David – Marita. Finalement, on fait face à une relation paisible, Catherine est partie. Elle s’est avouée vaincue après un épisode qui a poussé David à bout. Ce dernier reprend l’écriture, Marita est attentionnée. Malgré de beaux passages sur l’écriture, la fin est un peu plate, attendue.

Pas de coup de cœur donc mais une lecture tout de même agréable même si on a l’impression que l’histoire n’a pas été mené jusqu’à ses retranchements pour être “parfaite ”.

Quelques extraits :

 “ Pourquoi est-ce que je baisserais le ton ? Tu veux une femme, n’est-ce pas ? Et tu ne veux pas tout ce qui va avec ? Scènes, crises d’hystérie, fausses accusations, passion, c’est ça ? Je promets de ne pas te faire honte devant le serveur ” (p.102)

“ Il était complétement détaché de tout sauf de l’histoire qu’il écrivait et il vivait dedans à mesure qu’il la batissait. Les passages difficiles qu’il avait redoutés, il les affrontait maintenant un à un et, ce faisant, les gens, le pays, les journées et les nuits, et le temps tout était là au fur et à mesure qu’il écrivait. Il continuait à travailler et se sentait aussi las que s’il eût passé la nuit à traverser le désert parsemé de blocs volcaniques, (…) ” (p.174).

“ – Si tu es tellement inquiète on pourrait consulter un bon médecin. De la même façon qu’on irait consulter un dentiste.                                                                                                               – Non. On m’enfermerait. Je le sais. Tout ce qui pour nous est innocent, pour eux c’est dingue. Je les connais, ces endroits.” (p.215).

“ Tout le monde se sent seul ” (p.263)

 

  • Adios Hemingway (Points).

C’est une bonne transition avec Le Jardin d’Éden car cette œuvre est citée à de nombreuses reprises tout en rejoignant mon point de vue, mon impression d’inachevée. Adios Hemingway permet de voir Hemingway avec un certain recul, de le connaître un peu mieux tant par son caractère (peut être stéréotypé) que par les événements importants qui ont meublé sa vie. L’inspecteur Mario Conde (célèbre personnage de Padura) avait quitté la police pour devenir écrivain. Un de ses anciens collègues revient vers lui avec une enquête qui ne peut que l’intéresser. Ils ont retrouvé un corps sur la finca de la Havane d’Hemingway. Le Conde, comme Padura le nomme, décide de savoir ce qu’il s’est passé, d’éviter de noircir le portait de cet écrivain qui n’est pas flamboyant. Il investit alors l’intimité de son mentor. Padura passe habilement du point de vue de Conde à celui d’Hemingway. Cela permet de partager ce qu’il s’est passé ultérieurement tout en suivant de près l’enquête en parallèle. N’appréciant pas le policier en général, je pense que c’est une bonne œuvre pour s’immerger dans ce genre. L’enquête est lente, ce n’est pas noir. J’ai apprécié cette lecture et elle a su peaufiner mes connaissances sur l’auteur tout en retraçant son évolution littéraire, ses publications. Le contexte d’écriture du  Jardin d’Éden a été davantage mis en lumière, c’est une œuvre qu’Hemingway a repris avec difficulté.

“ Tous les matins, il s’était levé en même temps que le soleil, et ainsi qu’en sa meilleure époque, il avait travaillé durement et proprement, debout devant sa machine à écrire, à un rythme supérieur aux trois cents mots par jour, même si la vérité poursuivie lui semblait de plus en plus hors d’atteinte, dans cette histoire glissante qu’il avait déjà titrée Le Jardin d’Éden. Même s’il était incapable de l’avouer à quiconque, la vérité était qu’il était revenu à ce récit, conçu dix ans plutôt comme une nouvelle et qui à présent était en train de gonfler démesurément, uniquement parce qu’il s’était vu obligé d’arrêter l’actualisation de Mort dans l’après-midi ” (p.30).

“ Le reste n’avait pas de sens car il savait que plus loin va celui qui écrit, plus il demeure seul. Et l’on finit par apprendre qu’il faut défendre cette solitude : parler de littérature, c’est perdre son temps, et il vaut beaucoup mieux être seul, parce que c’est ainsi que l’on doit travailler et parce que le temps pour écrire est de plus en plus court et que si on le gâche, on sent que l’on a commis un pêché pour lequel n’existe aucun pardon ” (p.94).

J’espère que ces lectures croisées vous auront donné envie d’apprécier cet écrivain et ses œuvres. Vos avis m’intéressent surtout sur Le Jardin d’Éden car c’est une œuvre qui nous laisse un peu sur notre fin…

3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Période « auteurs américains » : bien joué ^^^
    Je m’y lance un peu aussi : hier soir Pete Fromm était à La Rochelle ! Du coup j’ai acheté Indian Creek, j’espère avoir le temps de le lire bientôt ^^

    Aimé par 1 personne

    1. anaveggie dit :

      Un bel auteur pour découvrir le nature writing 🙂

      J'aime

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